Les Nouragues, situation et procédé de travail / Situation and process of work at Nouragues stations

Ce n’est qu’au retour de ma résidence sur les stations de recherche des Nouragues que je vais commencer à publier quelques traces de mes travaux. Les accès internet des camps sont limités en bande passante et ne m’ont permis d’administrer régulièrement le blog.

Le travail in situ s’est fort bien déroulé. Je remercie au passage les équipes du CNRS Guyane et toutes les personnes rencontrées sur les stations Inselberg et Pararé pour leur accueil et l’intérêt qu’ils ont porté à ce projet. Ces vingt cinq jours sur Inselberg et quatre jours sur Pararé m’auront permis de mener à bien des sessions d’enregistrement quasi quotidiennes.

La station Inselberg (du nom du relief granitique la surplombant) a été crée en 1986. Elle accueille des programmes de recherches internationaux sur la faune, la flore, le climat. Inselberg a ceci de particulier qu’elle permet une grande autonomie dans le travail, même pour les non familiers de la zone, comme moi.. Un réseau de layons a été mis en place sur une surface de plusieurs km2 autour du site. Ces chemins, balisés et cartographiés, permettent de se déplacer de jour comme de nuit et d’accéder aux différents milieux constituant la zone : plateaux, criques (petites rivières) et leurs bordures inondées, forêts de lianes, zones rocheuses (l’Inselberg et ses terrasses). La végétation est luxuriante, la forêt très haute et le relief accidenté. L’environnement sonore est lui très riche, en accord avec la grande biodiversité de la zone. Mes journées ont donc consisté à explorer diverses parties de la zone d’étude, à écouter et enregistrer. Le mois de mars, choisi pour mener le projet, est un tampon entre la petite et la grande saison des pluies. C’est une période ou alternent averses et soleil et ou débute la reproduction de nombreuses espèces.

Organiser des sessions de travail dans ce genre d’environnement impose un minimum d’organisation, notamment en terme de sécurité. Pour ma part l’exploration de la zone s’est faite au fur et à mesure, portion par portion; certaine fois avec des repérages précis effectués en journée pour pouvoir y retourner la nuit. Les dangers principaux de la zone sont d’une part les chutes d’arbres – la nature du sol et les fortes précipitations faisant s’écrouler une partie de la forêt – et d’une autre le risque de se perdre.

Une des caractéristiques à tout environnement sonore est l’inconstance, la mouvance perpétuelle des sons et de leur niveau acoustique. Et comme dans toute exploration de cet environnement, du temps est nécessaire… Certaines sessions de travail ont donc consisté à simplement s’assoir et écouter, sans même enregistrer, dès fois pendant des heures. Ces simples et indispensables exercices d’écoute ont permis plusieurs choses : arriver à déterminer (au moins un peu) qui fait quoi (quelles espèces produisent quelles sons), dans quelles strates de la forêt, et surtout de pouvoir apprécier nombres d’évènements très subtils à percevoir lors de déplacements.

Il serai difficile de dresser un liste exhaustive des espèces (au moins celles produisant des sons) présentes aux Nouragues, mais une grande partie du spectre (contraint principalement au médium aigu) est généré par les batraciens, les insectes, les oiseaux et les chauves souris. Plusieurs sorties avec des spécialistes des batraciens et de nombreuses échanges et discussions m’ont permis d’y voir (entendre) un peu plus clair. Les démarches communes entre ma pratique et certains travaux menés par les équipes sur place m’ont définitivement aidé à aborder la zone différemment, sans doute de manière plus analytique que si je m’y étais lancé seul et sans appui. Ma volonté de mené ce projet (et de souvent travailler sur des espaces naturels) ne fait pas de moi un scientifique, ni même un naturaliste. L’identification des espèces et leur comportement ne sont pas les problématiques premières de mes recherches mais sont définitivement des clés précieuses pour la réalisation d’un projet comme celui-ci.

Script Geometry ne se veut en aucun cas être un inventaire des phénomènes bioacoustiques de la zone, mais bien un travail d’écoute et de composition envisageant la forêt tropicale comme la source d’un potentiel musical caractéristique de l’ère de la technologie. Pour le dire plus simplement, une quête de ce qui sonne comme de l’électronique dans un environnement qui compte parmi les plus distants de toute forme de technologie…

Au total, environ 120 heures de terrain pour quarante cinq heures d’enregistrement ont été réalisés lors de mon séjour sur les stations. Les techniques ont étés adaptées en fonction des lieux, de l’accès (souvent difficile) aux sources sonores, et de la grande subjectivité imposée par le projet. Aucune prise de son en milieu aquatique n’a été concluante, les criques étant la plupart du temps pauvre en végétation aquatique, et drainés par le courant. En parallèle de travail d’enregistrement, j’ai mené de nombreuses sessions de ré-écoute et de prises de notes.

P1040017

Thomas Tilly - Script Geometry - Inselberg

Thomas Tilly - Script Geometry - Equipement

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